L’Etoile du deejay

Cérémonie par SUBTYL photographe : Anthony Valon aka Bazabuque (bazabuque.com)

Cérémonie par SUBTYL
photographe : Anthony Valon aka Bazabuque (bazabuque.com)

À destination inconnue, parcours incongru…

Il prit son chemin inhabituel et se perdit. Plusieurs heures durant il navigua au travers de rues sombrement éclairées et de ruelles largement étroites. Il ne croisait que peu de gens, seulement quelques vrombissements de foules hagardes qui n’étaient d’aucune aide. Impénétrables et innarrêtables, ces vagues humaines semblaient sourdes à tout son. Leur parler revenait à envoyer un boomerang à la mer, sa parole lui revenait détrempée et diminuée, écho abyssale qui le ramenait face à sa perdition.

Il était donc livré à lui même dans cet endroit qu’il ne connaissait pas. Il lui était étranger, et étrangement il s’y sentait familier. Peut être que parce qu’il se sentait étranger partout, il était devenu familier en tout lieu. Familièrement étranger dira-t-on.

Il avait bien un cap mais il ne pouvait l’arrêter, le définir. Perdu comme il l’était, il tournait sans cesse et en perdait la tête. Dans ces villes trop éclairées, difficile de se guider à l’aide de l’étoile du deejay. Le bétail lui faisait confiance et ne se doutait pas de ce qui se passait ; ils le suivaient têtes levées sans se demander où ils allaient. Certains avaient des doutes, mais la brise était douce et la marche était agréable. « Nous arriverons quand nous arriverons » se disaient-ils.

Mais toute chose a forcément une fin, une destination finale ; pas forcément de but mais bien une finalité. Et c’est quand elle n’est pas prévue qu’elle est la plus belle. Fin abrupte, arrivant comme un nid de poule sous le diamant. Il la sent proche, il sent que bientôt, à un croisement, il reconnaîtra le chemin et il saura. Mais il faut faire attention, la majorité des accidents ont lieu sur terrain connu, proche de chez soi. Ne pas baisser sa garde, rester concentré jusqu’au bout. Ne pas laisser filer le bétail sur une grossière faute d’inattention. Le ramener jusqu’à l’enclos et ne pas oublier de bien le fermer, ne pas en laisser s’échapper.

Voilà, le berger a fini son travail, l’aube se lève, le chant du coq a sonné, il est temps d’aller se coucher. Pas de doute, pour obtenir le meilleur lait et la viande la plus fondante, il faut bien traiter son bétail.

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Partie fine en solitaire (partie 4/4)

 

 

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(l'Origine de la guerre, Orlan)

 

et pour finir, l’un des principaux acteurs d’une partie fine…

 

 

4

J’en ai marre de ce type. Il ne fait jamais rien. Il ne me fait jamais voir du pays. Il ne me fait jamais rencontrer de nouvelle personne. Homme ou femme, je m’en fous. Ce n’est pas moi qui gère ça. Moi ce que je veux c’est de l’action, basta. Je veux du va et vient bordel. Je suis tellement lourd en ce moment, j’ai peur d’imploser. Je me sens comme vous devez vous sentir à la fin d’un repas de Noël. J’aimerais ouvrir un bouton de mon pantalon pour pouvoir me relâcher un peu, mais je n’en ai pas. Je veux qu’on me fasse cracher bordel, et pas finir dans un mouchoir ou dans un sopalin pour une fois. Je suis trop bien élevé pour le faire par moi-même. Je sais que ça n’est jamais agréable de se réveiller la nuit avec le ventre humide et les draps collants. Bien sûr, je me le suis permis quelque fois pendant sa pré-adolescence mais c’était juste pour lui faire comprendre qu’il était maintenant un homme et qu’il pouvait, qu’il devait ! me purger.

Le mec qui est accroché à nous, on le choisit pas. C’est comme votre famille pour vous, vous ne l’avez pas choisi, c’est la vie qui vous l’a donné. Collabos de l’humanité, sans la participation de vos parents, vous, ON ne serait rien. Ils vous ont donné à la vie, la vie vous a donné à eux et elle vous les a donné. Qu’est-ce qu’elle est généreuse la vie, hein ? Mais elle peut vraiment avoir des goûts de chiotte parfois. A moi aussi la vie m’a fait un cadeau, mais j’aurai aimé le lui rendre, un peu comme la miniature en porcelaine de Tata Michèle. Qu’est-ce que je fous avec ce type bordel ? Pourquoi est-ce que c’est tombé sur moi ? J’aurais pu me retrouver sur un étalon, un Casanova, un Don Juan, un professionnel, un voyageur, un vagabond du sexe. Et non, je me retrouve avec un petit branleur qui ne pense qu’à se la tartiner en solitaire. C’était bien quand on avait quinze ans, ça me suffisait. Mais maintenant, ça fait dix ans que ça dure, dix ans qu’il se masturbe et se limite à ça. Toujours avec la même main. Toujours avec la même cadence. Aucune originalité, pas même dans le choix du mouvement. Monter, descendre, monter, descendre, monter, descendre… Je suis pas un piston bordel. Tiens, même un trompettiste ça aurait été mieux. Au moins il aurait pu me faire siffler des airs connus ou inconnus. Mais rien, aucune créativité par ici. Avec les quelques femmes qu’il m’a fait rencontrer, pas une ne m’a pris dans sa bouche. J’ai toujours été limité à un pauvre missionnaire dans son vagin. Mais qu’est-ce qui m’a foutu un cerveau pareil ? J’ai pas mon mot à dire je sais, mais de temps en temps je ferais bien la grève. Et je peux te dire que si ça continue comme ça, à quarante ans j’arrête tout. Impuissant il sera le gars.

Tiens ça y est, il se prépare à remettre ça, ça faisait longtemps. Il s’installe face à la fenêtre. Tiens, un changement. Ah mais dis donc, il y a une femme en face, et quelle femme ! Oh mes aïeux, si je pouvais rentrer là-dedans, je crois bien que je ne voudrais jamais en ressortir ! Elle vient de regarder dans ma direction, oh je me sens tout dure tout d’un coup. Qui sait, il y aura peut-être un peu de nouveauté pour une fois ?

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l’intelligence c’est…

Capture d’écran 2014-06-16 à 23.17.52

l’intelligence c’est…

scène tirée d’Une femme mariée de Jean-Luc Godard

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Partie fine en solitaire (partie 3/4)

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de la femme…

3

« Je m’ennuie, je m’ennuie, je veux faire l’amour. »

« Je m’ennuie, je m’ennuie, je veux faire l’amour. »

« Je m’ennuie, je m’ennuie, je veux faire l’amour. »

Si je le répète assez longtemps et le pense assez fort, peut-être que quelqu’un va m’entendre. Peut-être que quelqu’un me remarquera. Peut-être que quelqu’un me baisera. Pourquoi est-ce que ce n’est pas aussi facile que pour les filles faciles ? Je suis une fille difficile, compliquée dira-t-on. Et alors ? Je n’ai pas le droit d’être regardante sur les mains qui me visitent, sur la verge qui me pénètre ? Et surtout sur la personne qu’il y a au bout ? Une verge toute seule ne peut pas faire grand-chose… Oh, bien sûr, on en trouve dans le commerce, ça peut satisfaire les filles peu regardantes mais les filles comme moi, les filles sybarites et gourmandes, avec un appétit à ramener la famine dans les pays développés, avec les filles comme moi, une bête verge en plastique ne suffit pas. Je veux un homme, je veux un torse, je veux des bras, je veux des jambes, je veux une bouche, je veux une langue, je veux un nez, je veux des pieds, je veux des poings, je veux des cheveux, je veux un cul, je veux DU cul. Je veux m’offrir, je veux qu’on m’offre, je veux déballer, je veux qu’on m’emballe, qu’on me déballe. Je veux qu’on me prenne, je veux qu’on me jette, je veux qu’on me rattrape, je veux qu’on me fasse tournoyer, je veux qu’on me fasse tourner. Je veux tout à la fois, être occupé de partout et tout occuper en même temps.

Je veux, je veux, je veux !

Voilà ce que je me dis depuis maintenant deux jours. Déjà deux jours depuis la dernière fois qu’on m’ait touché, peu pour certains, deux éternités pour moi. Deux jours que je tourne en parallèle dans mon lugubre studio de bonne. Bonne à quoi ? Bonne à rien pour le moment. Pas même capable de descendre dans la rue et de remonter avec le premier venu. Qui me dirait non ? Personne. Ils n’oseraient pas. Trop impressionnante pour ça. Je le sais. La nature m’a doté de tout ce qu’il fallait pour rendre fou n’importe quel homme. Y compris les amateurs de mannequin uniforme et sans forme. J’ai des fesses, des grosses fesses qui appellent à la fessée, à la claque, aux bassesses les plus nommables. J’ai des seins qui rappellent à la source originelle, on y boit l’eau de jouvence qui vous ramène à votre berceau, aux bras de votre mère, à l’époque où vous suciez tout ce qui passait. J’ai une bouche, large, des lèvres rouge profond, des dents blanches et rondes, une gorge capable d’avaler n’importe quelle sornette, plus grosse elle est, plus profonde elle se fait. Une chatte qui ronronne dès qu’on la caresse, qui se roule de plaisir dès qu’on l’effleure, et qui s’ouvre comme une fleur quand on lui touche le museau. Des jambes galbées comme celles d’une coureuse de fond, mais pas trop musclées pour qu’elles restent douces et qu’on ait envie de s’y coucher. Des pieds, pêchés mignons, religieuses dans lesquelles on a envie de croquer. Un cul avec un siphon qui ne laisse pas une goutte s’échapper, tout y rentre. Une nuque, une chute, une culbute.

Quelle tristesse d’avoir tout ça et de ne rien en faire. Bien sûr, j’en profite moi-même, seule quand il n’y a personne, mais j’aime tellement partager que j’en ressors plus frustrée qu’apaisée. Je m’allume une cigarette pour me détendre. Une cendre s’envole dans mes pas et met le feu au rideau en nylon. Il part en fumée d’une traite. Mon corps nu est alors exposé au regard de quiconque est à sa fenêtre. L’idée m’enchante et m’excite d’autant plus que j’aperçois une paire d’yeux en face.

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Partie fine en solitaire (partie 2/4)

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Suite de la nouvelle érotique…

2

Je cherchai et retrouvai dans le capharnaüm de mon petit bazar, tout en colonnades et en clés de voutes, mes jumelles de théâtre, à défaut d’un télescope ou d’un Pariscope. Ceci dit, c’était l’occasion ou jamais de sortir en ce vendredi soir maussade, morose mais dorénavant plus ennuyeux. Il fallait donc que je m’apprête. Je ne suis pas de ceux qui ne s’habillent plus pour sortir. Il y a des habitudes qui sont bonnes à garder : tirer la chasse en partant des toilettes, gifler ses patrons quand ils rendent en retard leur travail, s’habiller pour sortir au théâtre. J’étais en caleçon-chaussettes, à l’aise comme un célibataire en manque de compagne nocturne. Je décidai donc d’enfiler mon smoking, acheté 50€ dans les rayons décolorés d’une friperie du quartier. Je n’ai jamais su faire les nœuds papillons, n’ai jamais cherché à le savoir, alors je me le suis mis en bandana autour de la tête, comme tout gentleman en soirée quand sa flasque de gin est terminée, en signe de reconnaissance et de respect aux anciens. Une petite dose d’eau de Cologne derrière les oreilles pour que les femmes sentent bien ma grosse virilité au moment où elles m’embrassent. J’étais un peu en retard, tous les meilleurs sièges étaient déjà pris mais je décidais de ne pas me retrouver derrière un poteau, ni de monter au paradis des cages à poule, je pris donc un strapontin libre au devant de la scène, au risque d’y perdre un fessier. Mon voisin n’avait pas l’air trop inopportun ni trop bruyant. Je m’en satisfis et m’apprêtai à apprécier le spectacle. Je mis les jumelles devant la bouche, cela ne semblait pas très utile, alors j’essayai devant mon oreille gauche (je n’apprécie pas trop la droite et elle me le rend bien). Toujours rien. J’essayai devant mes yeux, c’était bien plus adéquat et efficace. J’eu l’impression de me retrouver devant sa fenêtre. Je ne la vis plus. Je fermai les yeux, les rouvris, elle réapparu comme dans une réalité songeuse. Elle était belle, elle était fraîche, plus fraîche que la plus fraîche de tes cousines, celle avec laquelle tu as joué au docteur et à l’infirmière dans le bac à sable. Inceste incestueux de jeunes enfants, pardonné par l’excuse de l’âge mais jamais oublié. Ses formes étaient celles des danseuses exotiques du début du XXe siècle : voluptueuses. Ce n’était pas non plus l’Hippopodame de Gainsbourg mais il y avait une rampe de sécurité à laquelle s’accrocher en cas de chute de rein trop abrupt. Les échelles de marin sont toujours à descendre face aux marches. Ici présent c’était le cas, descendre cette croupe demandait à ce qu’on la regarde pour ne pas manquer une marche et dégringoler à ses pieds. Je priai pour que le rideau disparaisse et puisse me laisser voir cette beauté à même la peau. Il devait m’écouter, ou bien la chaleur de mon regard fit s’embraser le papier à cigarette, car tout d’un coup, comme avec le papier flash d’un magicien, un éclair de feu apparu et le rideau disparu. Le tonnerre gronda seulement quelques secondes après, l’orage n’était pas loin. J’installai le patatonnerre pour ne pas risquer de me faire foudroyer par son regard et retournai au spectacle.

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Partie fine en solitaire (partie 1/4)

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Dans le cadre d’un concours de nouvelle, il fallait raconter une partie fine vue par ses différents acteurs. La première partie étant la mise en condition, suivie de la même scène du point de vue personnel des trois protagonistes. Le gagnant était invité à prolonger sa nouvelle en un roman.

J’entame le teasing avec le cadre, la suite bientôt.

 

1

Cela doit faire deux mois à peu près qu’on fait ça, dans le secret de nos chambres de bonnes de 10m2, toilettes sur le palier et douches communes. Enfin, j’imagine que c’est comme ça chez elle aussi. Ca a débuté un vendredi soir. J’étais seul chez moi, je m’ennuyais. Mes amis étaient tous soit injoignables, soit occupés, soit se mettaient la tête pour aller en soirée par la suite. Je n’étais pas d’humeur. Il y a des soirs comme ça… Rien envie de faire, pourtant c’est le week-end. Peut-être que je suis vieux avant l’âge ? On dit que les « vieux » sont actifs la semaine au travail et attendent le week-end pour se reposer. Les « jeunes » quant à eux, quant à nous devrais-je dire mais je ne me retrouve plus tellement dans cette généralité, se reposent la semaine pour mieux s’activer à sa fin. De s’activer, de s’oublier, de danser, de s’écraser, de s’étouffer, de s’aimer, de se détruire, de s’amuser. Faites ce que vous voulez.

C’était donc un vendredi soir des plus banals, je sortais les accessoires et les ingrédients pour me rouler un joint, compagnon idéal pour un début de week-end en solitaire, et m’apprêtais à lancer un western spaghetti, à défaut de me nourrir, trop la flemme pour préparer quoi que ce soit, quand je vis de la lumière dans l’appartement en face de chez moi. Cela agrippa mon regard. Pour votre information, habitant sous le toit de mon immeuble, je n’ai que peu de vis-à-vis car le bâtiment en face a un étage de moins que le mien, j’ai donc une très belle vue sur Paris, ville lumière s’il en est. Aujourd’hui habitué, voir lassé, cela fait trois ans que j’habite dans mon minable studio, je ne fais plus attention aux toits de zinc que je peux admirer depuis ma lucarne poisseuse, je ne l’ai jamais nettoyé, les dos de géants grisés par la pollution des milliers d’engins à fumée motrice qui circulent sans cesse, jour et nuit, au fond de la vallée formée par ces incroyables falaises Haussmanniennes. Je n’ai donc que peu de scène de théâtre de la vie quotidienne à observer quand le réseau Internet que je squatte ne fonctionne pas et que je ne peux pas visionner une quelconque série américainement abrutissante. D’autant plus qu’étrangement les volets d’en face ne sont jamais ouverts. Je me suis souvent demandé si y était abrité tout un réseau d’amateurs effrénés de drogues effrayés de la lumière, calfeutrés chez eux pour mieux s’enterrer soi-même. Mais ce soir là, exceptionnellement, une fenêtre était dénudée de son apparat occultant et de la lumière s’en dégageait. Intrigué, intéressé à l’idée de pouvoir enfin voir un des habitants de cette bâtisse. Je n’en avais même jamais vu en sortir, ni y entrer d’ailleurs. J’aurais pu imaginer mille histoires rocambolesques, mais ça n’est pas mon style, trop terre à terre. Enfin, habitant au 7e et dernier étage de mon immeuble, c’est difficile à dire, mais plus facile à écrire.

Je découvris ainsi pour la première fois un habitant d’en face, une habitante plutôt. Je pouvais la deviner en ombre chinoise à travers le léger rideau en papier de cigarette qui laissait paraître ses formes. Joli spectacle, digne du Lido. Elle évoluait lascivement de part et d’autre de son cagibi, trois pas sur la gauche, face au mur, elle se retournait, trois pas sur la droite, face au mur, elle se retournait, trois pas à gauche… Bref, elle était comme moi, elle s’ennuyait ferme un vendredi soir.

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Maxime du clubbing :

Il ne faut pas danser pour oublier mais s’oublier en dansant.

Maxime 03

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Pauvre bâtard

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C’est bientôt l’ascension, cette nouvelle me semble donc tout particulièrement bienvenue…

Je suis vieille, je vais bientôt crever. Mais avant de claquer, je veux mettre fin à une plaisanterie qui a assez durée.

Ma famille m’a éduqué dans une grande austérité, la vie était faite pour travailler, pas pour s’amuser. Les terres étaient arides, il fallait sacrément trimer pour en sortir quoi que ce soit de mangeable. Mais à mon adolescence, mes instincts m’ont révélé qu’il y avait d’autres façons de voir les choses. C’est surtout le regard des hommes sur ma croupe naissante qui me l’a indiqué. Tous ces regards lubriques, pervers, vicieux, tout ça m’excitait au plus haut point.

Mais j’ai vite compris que si je voulais assouvir mes désirs en toute tranquillité, sans fausse culpabilité, sans mépris de la part des autres, il fallait que je me trouve un mari. Ce que je voulais, c’était un jeune étalon fougueux, un gaillard bien solide, qui puisse m’en coller une quand je dépasserais les bornes, me prendre dans tous les sens, des poils en veux-tu en voilà, des muscles saillants, bandés comme la bite d’un taureau devant le cul d’une vache en chaleur.

 Il était beau, il sentait bon, mon brigand. Vingt ans, la fleur de l’âge, la moitié de sa longue vie ! Il avait de la verve, il a plu à mon père, il était jeune, il a plu à ma mère. Le soir du mariage, je ne pouvais plus attendre, j’avais déjà quinze ans, ça faisait trop longtemps que je voulais qu’un homme me fassent les mêmes choses que ce que faisait mon père avec les putes du bordel d’à côté. Fête de mariage, pendant le banquet je l’ai embarqué à la maison. Il était costaud mais une fois sans vêtement, surtout un peu nigaud. J’étais à poil, les seins dressés, mais lui avait la queue mollasse. Impossible de me la rentrer… Il avait sûrement déjà trop bu. Je l’ai astiqué, branlé, pris en bouche, l’ai insulté, me suis touché, mais rien n’y a fait. Il bandait mou le salaud. Je lui ai jeté ses frusques à la gueule en lui disant de retourner à la fête, j’avais des retouches de maquillage à faire.

Cinq minutes après qu’il soit parti je suis sortie à la recherche d’un homme, un vrai, avec un chibre bien dur. Facile, les légionnaires courraient déjà les nuits à cette époque. Au coin d’une rue, je rentre dans un, barbu comme un sapeur. Et moi, qui étais à moitié à poil pour faciliter les rencontres, je l’ai laissé me mater comme un gros vicelard, je l’ai laissé me pousser dans la ruelle sombre, déchirer ce qui restait de ma robe, et enfin, me la foutre bien profonde.

Après quoi, je suis retourné à la cérémonie, rien à déclarer.

C’est deux mois plus tard que je me suis dit qu’il y avait un souci. Mon salaud de mari s’était révélé être un enfoiré d’impuissant. Incapable de bander l’animal. Je lui ai même tâté la prostate, rien n’y a fait. Pourtant, je n’avais plus mes règles. J’en ai parlé à ma mère, elle m’a alors félicité ! Félicité ? Pourquoi ? Parce que tu es enceinte pauvre idiote ! Douche froide. Évidemment, elle ne savait pas que mon mari ne pouvait pas remplir ses devoirs conjugaux…

Je suis retourné à la maison, il m’a paru encore plus bête que d’habitude. Plus je le voyais, plus il me semblait stupide. Du coup, j’ai décidé de lui faire une blague.

“J’attends un enfant de Dieu”.

Bah vous savez quoi ? Il m’a cru ce con ! Peut-être que j’étais la première femme infidèle à utiliser cette excuse… C’est peut-être pour ça que beaucoup nous ont cru après ça… C’était dur de ne pas rigoler quand j’annonçais ça aux gens ! Bien sûr je le cachais, maintenant que mon mari y croyait, je me gardais bien de révéler le pot-au-rose…

Avec tous ces gens qui se sont mis à attendre son arrivée, je ne pouvais plus revenir en arrière. Peur de la honte, de devoir fuir si je disais la vérité. Je l’ai alors aussi laissé croire n’importe quoi une fois qu’il a grandi. Et puis, c’était un bon garçon, il se sentait doté d’une mission de bonté. Il voulait faire le bien autour de lui, il y croyait. Malgré la pourriture ambiante générale…

Beaucoup de gens sont morts pour son combat, lui aussi, et ça, je ne me le pardonnerai jamais. J’ai causé de l’espoir mais surtout du désespoir par ce qui n’était au départ qu’une blague. Je vais mourir et je ne veux pas partir en laissant le monde croire mes inepties de jeune fille moqueuse. Je souhaite que la vérité éclate au grand jour :

Mon fils n’était qu’un bâtard.

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Soyons prétentieux :

Explorateurs de nos propres existences, c’est par la recherche de l’instant qu’on se retrouve soi-même.

Maxime 02

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Voyage quotidien

moto

 

Rendu esclave par une rupture conventionnelle un temps promise et finalement refusée, cela fait plusieurs mois que j’attends impatiemment la fin de cette croisière sur la trop calme rivière de l’ennui. Je n’avance pas. Quand le vent souffle, c’est simplement pour me balancer les embruns à la face.

Cloîtré dans un espace soit disant ouvert toute la journée, je vois en effet le ciel depuis mon bureau, entre deux immeubles. Quand le ciel est bleu, je rêve de mer d’huile sur les lagons caribéens, quand il est noir, je m’imagine en plein passage de cap, sous la tempête, à essayer vainement de passer cette maudite fin du monde entre les récifs. Je voudrais partir.

Cette idée de voyage, elle me suit partout. En marchant, en parlant, en me coupant les ongles, seul, entouré, en fumant, en pelant les comètes. En ce moment même, pendant que je conduis ma moto pour aller au bureau en ce lundi ensoleillé. Je me dis qu’il serait facile de partir, là, maintenant. Ou plutôt de ne pas y aller. De quoi je me plains finalement : tous les matins, c’est un départ. Mais pas en voyage malheureusement. Le regard fixé sur la plaque arrière de la voiture juste devant moi, je suis passé en mode automatique de conduite. Je découvre au dernier moment un feu, rouge qui plus est. Trop tard pour m’arrêter, j’essore la poignée et passe le carrefour, celui où normalement j’aurais dû prendre à gauche, pour passer sous le Big Ben parisien. Je voudrais tourner au carrefour suivant, mais c’est impossible. Je mets tout mon poids sur un côté, les pares cylindres font des étincelles, mon genoux frotte le sol, mais rien n’y fait. Debout sur la selle, les genoux dans les yeux, la nuque sous les pieds, la moto continue à filer tout droit. Je me retrouve sur l’autoroute.

Bientôt, je n’ai plus d’essence, je passe sur la réserve et espère une station qui tarde à arriver. En voilà une, je prends la sortie, la moto veut bien virer maintenant. Plusieurs pompes sont là à attendre d’être pompées. Ces petites tapineuses. Mais aucune ne plaît à ma monture. Sans m’être arrêté, je m’apprête à reprendre la sortie pour l’autoroute quand je l’aperçois. Je ralentis.

Le panneau qu’elle tient n’indique rien d’autre que l’horizon impalpable. Ca tombe bien, c’est ma direction. Je m’arrête.

« Allez viens, monte derrière moi. Serre toi bien. Serre moi avec tes bras, serre moi avec tes cuisses. Je vais t’emmener là où nous ne sommes jamais allés. Par delà la frontière, là où le temps est obsolète. Je t’emmènerais partout, on ne stoppera que pour faire l’amour, mon moteur roule à l’orgasme. Quand nous saurons que nous y sommes, nous nous arrêterons. Quand nous saurons que nous n’y sommes plus, nous repartirons. »

Elle monte. Mais avant de repartir, il faut qu’on s’affaire. Pas de temps à perdre, il faut quitter cette civilisation au plus vite, je me mets entre tes jambes, sous toi, tu restes debout. La tête dans ta jupe, je te lèche. Ma barbe naissante t’agace, mes doigts te pénètrent, en quelques minutes, tu as un orgasme. Cela suffira pour arriver à la frontière.

Plus nous avançons et plus l’horizon recule. Impossible de le rattraper. J’essaie pourtant de le feinter de temps à autres. Je ralentis fortement pendant plusieurs minutes puis accélère d’un coup, à 9 000 tours minute, le son du moteur brisant le silence assourdissant qui nous entoure. Mais rien n’y fait, il a continuellement la même avance sur nous.

C’est le soir maintenant, nous sommes déjà loin. La régularité de la route est d’un ennui lascif.

La nuit tombe, on s’arrête juste après un pont au-dessus d’une rivière asséchée. C’est la frontière. Entre la civilisation, telle qu’on la connaît, celle de l’ennui, et l’autre, celle de la liberté. Devant le feu du réchaud Butagaz, sur une couverture, allongés, nus, nous faisons l’amour soûls ce pont entre deux mondes.

Le lendemain matin, nous repartons. On a fait le plein de la moto toute la nuit, on a même des bidons de réserve au cas où. A partir de maintenant, plus de carte, plus de route, plus de piste. Seulement l’inconnu.

Le paysage est exotique, les poteaux des lignes de pêches à la mouche fièrement érigés, ont la tête dans les nuages tellement le ciel est bas. Une épaisse pellicule de sueur collée à nos corps nous sépare de ce monde et de sa chaleur sèche qui diffuse sa nappe de flou artistique tout autour de nous. Il n’a pas dû pleuvoir depuis des lustres aux ampoules économiques, la terre est craquelée, des crevasses énormes se mettent sur notre route. J’ai pris un mauvais chemin, nous tombons dans une faille. Voyage au centre de la Terre.

Nous étions livrés à nous mêmes dans ces endroits que ne nous connaissions pas.

Ils nous étaient étrangers, et étrangement on s’y sentait familier. Peut être que parce que nous nous sentions étranger partout, nous étions devenu familier en tout lieu. Familièrement étranger dira-t-on.

Soudain, j’entends une corne qui résonne à travers les mondes. Le décor s’écroule, les paysages sont en carton pâte. La société reprend ses droits sur la nature. La terre disparaît au profit de ce foutu béton. Le feu est vert. Les voitures derrière moi s’impatientent.

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