Monthly Archives: June 2014

Partie fine en solitaire (partie 4/4)

 

 

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(l'Origine de la guerre, Orlan)

 

et pour finir, l’un des principaux acteurs d’une partie fine…

 

 

4

J’en ai marre de ce type. Il ne fait jamais rien. Il ne me fait jamais voir du pays. Il ne me fait jamais rencontrer de nouvelle personne. Homme ou femme, je m’en fous. Ce n’est pas moi qui gère ça. Moi ce que je veux c’est de l’action, basta. Je veux du va et vient bordel. Je suis tellement lourd en ce moment, j’ai peur d’imploser. Je me sens comme vous devez vous sentir à la fin d’un repas de Noël. J’aimerais ouvrir un bouton de mon pantalon pour pouvoir me relâcher un peu, mais je n’en ai pas. Je veux qu’on me fasse cracher bordel, et pas finir dans un mouchoir ou dans un sopalin pour une fois. Je suis trop bien élevé pour le faire par moi-même. Je sais que ça n’est jamais agréable de se réveiller la nuit avec le ventre humide et les draps collants. Bien sûr, je me le suis permis quelque fois pendant sa pré-adolescence mais c’était juste pour lui faire comprendre qu’il était maintenant un homme et qu’il pouvait, qu’il devait ! me purger.

Le mec qui est accroché à nous, on le choisit pas. C’est comme votre famille pour vous, vous ne l’avez pas choisi, c’est la vie qui vous l’a donné. Collabos de l’humanité, sans la participation de vos parents, vous, ON ne serait rien. Ils vous ont donné à la vie, la vie vous a donné à eux et elle vous les a donné. Qu’est-ce qu’elle est généreuse la vie, hein ? Mais elle peut vraiment avoir des goûts de chiotte parfois. A moi aussi la vie m’a fait un cadeau, mais j’aurai aimé le lui rendre, un peu comme la miniature en porcelaine de Tata Michèle. Qu’est-ce que je fous avec ce type bordel ? Pourquoi est-ce que c’est tombé sur moi ? J’aurais pu me retrouver sur un étalon, un Casanova, un Don Juan, un professionnel, un voyageur, un vagabond du sexe. Et non, je me retrouve avec un petit branleur qui ne pense qu’à se la tartiner en solitaire. C’était bien quand on avait quinze ans, ça me suffisait. Mais maintenant, ça fait dix ans que ça dure, dix ans qu’il se masturbe et se limite à ça. Toujours avec la même main. Toujours avec la même cadence. Aucune originalité, pas même dans le choix du mouvement. Monter, descendre, monter, descendre, monter, descendre… Je suis pas un piston bordel. Tiens, même un trompettiste ça aurait été mieux. Au moins il aurait pu me faire siffler des airs connus ou inconnus. Mais rien, aucune créativité par ici. Avec les quelques femmes qu’il m’a fait rencontrer, pas une ne m’a pris dans sa bouche. J’ai toujours été limité à un pauvre missionnaire dans son vagin. Mais qu’est-ce qui m’a foutu un cerveau pareil ? J’ai pas mon mot à dire je sais, mais de temps en temps je ferais bien la grève. Et je peux te dire que si ça continue comme ça, à quarante ans j’arrête tout. Impuissant il sera le gars.

Tiens ça y est, il se prépare à remettre ça, ça faisait longtemps. Il s’installe face à la fenêtre. Tiens, un changement. Ah mais dis donc, il y a une femme en face, et quelle femme ! Oh mes aïeux, si je pouvais rentrer là-dedans, je crois bien que je ne voudrais jamais en ressortir ! Elle vient de regarder dans ma direction, oh je me sens tout dure tout d’un coup. Qui sait, il y aura peut-être un peu de nouveauté pour une fois ?

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l’intelligence c’est…

Capture d’écran 2014-06-16 à 23.17.52

l’intelligence c’est…

scène tirée d’Une femme mariée de Jean-Luc Godard

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Partie fine en solitaire (partie 3/4)

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de la femme…

3

« Je m’ennuie, je m’ennuie, je veux faire l’amour. »

« Je m’ennuie, je m’ennuie, je veux faire l’amour. »

« Je m’ennuie, je m’ennuie, je veux faire l’amour. »

Si je le répète assez longtemps et le pense assez fort, peut-être que quelqu’un va m’entendre. Peut-être que quelqu’un me remarquera. Peut-être que quelqu’un me baisera. Pourquoi est-ce que ce n’est pas aussi facile que pour les filles faciles ? Je suis une fille difficile, compliquée dira-t-on. Et alors ? Je n’ai pas le droit d’être regardante sur les mains qui me visitent, sur la verge qui me pénètre ? Et surtout sur la personne qu’il y a au bout ? Une verge toute seule ne peut pas faire grand-chose… Oh, bien sûr, on en trouve dans le commerce, ça peut satisfaire les filles peu regardantes mais les filles comme moi, les filles sybarites et gourmandes, avec un appétit à ramener la famine dans les pays développés, avec les filles comme moi, une bête verge en plastique ne suffit pas. Je veux un homme, je veux un torse, je veux des bras, je veux des jambes, je veux une bouche, je veux une langue, je veux un nez, je veux des pieds, je veux des poings, je veux des cheveux, je veux un cul, je veux DU cul. Je veux m’offrir, je veux qu’on m’offre, je veux déballer, je veux qu’on m’emballe, qu’on me déballe. Je veux qu’on me prenne, je veux qu’on me jette, je veux qu’on me rattrape, je veux qu’on me fasse tournoyer, je veux qu’on me fasse tourner. Je veux tout à la fois, être occupé de partout et tout occuper en même temps.

Je veux, je veux, je veux !

Voilà ce que je me dis depuis maintenant deux jours. Déjà deux jours depuis la dernière fois qu’on m’ait touché, peu pour certains, deux éternités pour moi. Deux jours que je tourne en parallèle dans mon lugubre studio de bonne. Bonne à quoi ? Bonne à rien pour le moment. Pas même capable de descendre dans la rue et de remonter avec le premier venu. Qui me dirait non ? Personne. Ils n’oseraient pas. Trop impressionnante pour ça. Je le sais. La nature m’a doté de tout ce qu’il fallait pour rendre fou n’importe quel homme. Y compris les amateurs de mannequin uniforme et sans forme. J’ai des fesses, des grosses fesses qui appellent à la fessée, à la claque, aux bassesses les plus nommables. J’ai des seins qui rappellent à la source originelle, on y boit l’eau de jouvence qui vous ramène à votre berceau, aux bras de votre mère, à l’époque où vous suciez tout ce qui passait. J’ai une bouche, large, des lèvres rouge profond, des dents blanches et rondes, une gorge capable d’avaler n’importe quelle sornette, plus grosse elle est, plus profonde elle se fait. Une chatte qui ronronne dès qu’on la caresse, qui se roule de plaisir dès qu’on l’effleure, et qui s’ouvre comme une fleur quand on lui touche le museau. Des jambes galbées comme celles d’une coureuse de fond, mais pas trop musclées pour qu’elles restent douces et qu’on ait envie de s’y coucher. Des pieds, pêchés mignons, religieuses dans lesquelles on a envie de croquer. Un cul avec un siphon qui ne laisse pas une goutte s’échapper, tout y rentre. Une nuque, une chute, une culbute.

Quelle tristesse d’avoir tout ça et de ne rien en faire. Bien sûr, j’en profite moi-même, seule quand il n’y a personne, mais j’aime tellement partager que j’en ressors plus frustrée qu’apaisée. Je m’allume une cigarette pour me détendre. Une cendre s’envole dans mes pas et met le feu au rideau en nylon. Il part en fumée d’une traite. Mon corps nu est alors exposé au regard de quiconque est à sa fenêtre. L’idée m’enchante et m’excite d’autant plus que j’aperçois une paire d’yeux en face.

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Partie fine en solitaire (partie 2/4)

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Suite de la nouvelle érotique…

2

Je cherchai et retrouvai dans le capharnaüm de mon petit bazar, tout en colonnades et en clés de voutes, mes jumelles de théâtre, à défaut d’un télescope ou d’un Pariscope. Ceci dit, c’était l’occasion ou jamais de sortir en ce vendredi soir maussade, morose mais dorénavant plus ennuyeux. Il fallait donc que je m’apprête. Je ne suis pas de ceux qui ne s’habillent plus pour sortir. Il y a des habitudes qui sont bonnes à garder : tirer la chasse en partant des toilettes, gifler ses patrons quand ils rendent en retard leur travail, s’habiller pour sortir au théâtre. J’étais en caleçon-chaussettes, à l’aise comme un célibataire en manque de compagne nocturne. Je décidai donc d’enfiler mon smoking, acheté 50€ dans les rayons décolorés d’une friperie du quartier. Je n’ai jamais su faire les nœuds papillons, n’ai jamais cherché à le savoir, alors je me le suis mis en bandana autour de la tête, comme tout gentleman en soirée quand sa flasque de gin est terminée, en signe de reconnaissance et de respect aux anciens. Une petite dose d’eau de Cologne derrière les oreilles pour que les femmes sentent bien ma grosse virilité au moment où elles m’embrassent. J’étais un peu en retard, tous les meilleurs sièges étaient déjà pris mais je décidais de ne pas me retrouver derrière un poteau, ni de monter au paradis des cages à poule, je pris donc un strapontin libre au devant de la scène, au risque d’y perdre un fessier. Mon voisin n’avait pas l’air trop inopportun ni trop bruyant. Je m’en satisfis et m’apprêtai à apprécier le spectacle. Je mis les jumelles devant la bouche, cela ne semblait pas très utile, alors j’essayai devant mon oreille gauche (je n’apprécie pas trop la droite et elle me le rend bien). Toujours rien. J’essayai devant mes yeux, c’était bien plus adéquat et efficace. J’eu l’impression de me retrouver devant sa fenêtre. Je ne la vis plus. Je fermai les yeux, les rouvris, elle réapparu comme dans une réalité songeuse. Elle était belle, elle était fraîche, plus fraîche que la plus fraîche de tes cousines, celle avec laquelle tu as joué au docteur et à l’infirmière dans le bac à sable. Inceste incestueux de jeunes enfants, pardonné par l’excuse de l’âge mais jamais oublié. Ses formes étaient celles des danseuses exotiques du début du XXe siècle : voluptueuses. Ce n’était pas non plus l’Hippopodame de Gainsbourg mais il y avait une rampe de sécurité à laquelle s’accrocher en cas de chute de rein trop abrupt. Les échelles de marin sont toujours à descendre face aux marches. Ici présent c’était le cas, descendre cette croupe demandait à ce qu’on la regarde pour ne pas manquer une marche et dégringoler à ses pieds. Je priai pour que le rideau disparaisse et puisse me laisser voir cette beauté à même la peau. Il devait m’écouter, ou bien la chaleur de mon regard fit s’embraser le papier à cigarette, car tout d’un coup, comme avec le papier flash d’un magicien, un éclair de feu apparu et le rideau disparu. Le tonnerre gronda seulement quelques secondes après, l’orage n’était pas loin. J’installai le patatonnerre pour ne pas risquer de me faire foudroyer par son regard et retournai au spectacle.

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Partie fine en solitaire (partie 1/4)

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Dans le cadre d’un concours de nouvelle, il fallait raconter une partie fine vue par ses différents acteurs. La première partie étant la mise en condition, suivie de la même scène du point de vue personnel des trois protagonistes. Le gagnant était invité à prolonger sa nouvelle en un roman.

J’entame le teasing avec le cadre, la suite bientôt.

 

1

Cela doit faire deux mois à peu près qu’on fait ça, dans le secret de nos chambres de bonnes de 10m2, toilettes sur le palier et douches communes. Enfin, j’imagine que c’est comme ça chez elle aussi. Ca a débuté un vendredi soir. J’étais seul chez moi, je m’ennuyais. Mes amis étaient tous soit injoignables, soit occupés, soit se mettaient la tête pour aller en soirée par la suite. Je n’étais pas d’humeur. Il y a des soirs comme ça… Rien envie de faire, pourtant c’est le week-end. Peut-être que je suis vieux avant l’âge ? On dit que les « vieux » sont actifs la semaine au travail et attendent le week-end pour se reposer. Les « jeunes » quant à eux, quant à nous devrais-je dire mais je ne me retrouve plus tellement dans cette généralité, se reposent la semaine pour mieux s’activer à sa fin. De s’activer, de s’oublier, de danser, de s’écraser, de s’étouffer, de s’aimer, de se détruire, de s’amuser. Faites ce que vous voulez.

C’était donc un vendredi soir des plus banals, je sortais les accessoires et les ingrédients pour me rouler un joint, compagnon idéal pour un début de week-end en solitaire, et m’apprêtais à lancer un western spaghetti, à défaut de me nourrir, trop la flemme pour préparer quoi que ce soit, quand je vis de la lumière dans l’appartement en face de chez moi. Cela agrippa mon regard. Pour votre information, habitant sous le toit de mon immeuble, je n’ai que peu de vis-à-vis car le bâtiment en face a un étage de moins que le mien, j’ai donc une très belle vue sur Paris, ville lumière s’il en est. Aujourd’hui habitué, voir lassé, cela fait trois ans que j’habite dans mon minable studio, je ne fais plus attention aux toits de zinc que je peux admirer depuis ma lucarne poisseuse, je ne l’ai jamais nettoyé, les dos de géants grisés par la pollution des milliers d’engins à fumée motrice qui circulent sans cesse, jour et nuit, au fond de la vallée formée par ces incroyables falaises Haussmanniennes. Je n’ai donc que peu de scène de théâtre de la vie quotidienne à observer quand le réseau Internet que je squatte ne fonctionne pas et que je ne peux pas visionner une quelconque série américainement abrutissante. D’autant plus qu’étrangement les volets d’en face ne sont jamais ouverts. Je me suis souvent demandé si y était abrité tout un réseau d’amateurs effrénés de drogues effrayés de la lumière, calfeutrés chez eux pour mieux s’enterrer soi-même. Mais ce soir là, exceptionnellement, une fenêtre était dénudée de son apparat occultant et de la lumière s’en dégageait. Intrigué, intéressé à l’idée de pouvoir enfin voir un des habitants de cette bâtisse. Je n’en avais même jamais vu en sortir, ni y entrer d’ailleurs. J’aurais pu imaginer mille histoires rocambolesques, mais ça n’est pas mon style, trop terre à terre. Enfin, habitant au 7e et dernier étage de mon immeuble, c’est difficile à dire, mais plus facile à écrire.

Je découvris ainsi pour la première fois un habitant d’en face, une habitante plutôt. Je pouvais la deviner en ombre chinoise à travers le léger rideau en papier de cigarette qui laissait paraître ses formes. Joli spectacle, digne du Lido. Elle évoluait lascivement de part et d’autre de son cagibi, trois pas sur la gauche, face au mur, elle se retournait, trois pas sur la droite, face au mur, elle se retournait, trois pas à gauche… Bref, elle était comme moi, elle s’ennuyait ferme un vendredi soir.

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